Ma vision du Muay Thai

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Par Guillaume KERNER - 1er/02/2006

Le MUAY THAI est certainement l’un des sports de combat qui suscite le plus de réticences dans nos mentalités. Instinctivement nous parvenons difficilement à maîtriser nos premières émotions, ce mouvement de recul à la seule vue des combattants, de leur affrontement qui peut nous apparaître comme un jeu de massacre où tous les coups sont permis. A partir de là, nous bloquons sur des idées fixes qui obnubilent toutes nos facultés d’appréciation objective.

En tant qu’ancien international de cette discipline j’ai conscience que le MUAY THAI est difficile à cerner de par sa nature même, cependant, j’affirme que c’est un sport noble riche en enseignements, qu’il est chargé d’éléments qui engendrent une manière d’être et une conception de la vie digne de l’esprit de chevalerie. Bien plus qu’une simple lutte de force et de virtuosité où la souplesse, l’agilité des réflexes sont des facteurs déterminants, le courage et l’état d’âme comptent encore d’avantage que tous ces éléments réunis.

Durant la traditionnelle danse du RAM MUAY le boxeur thaï perpétue un ensemble de gestes chorégraphiés depuis des âges reculés, imprégnés par l’âme des combattants qui l’ont effectués avant lui au cours de combats épique qui ont marqués l’histoire de ce sport. Calculés au millimètre près avec un souci du détail omniprésent, ces gestes nous rappellent qu’avant l’efficacité, le MUAY THAI est un art qui accorde la priorité à la forme. Ce rituel plusieurs fois séculaire qui se rattache au MUAY THAI fait office de prologue à la dramaturgie qui se trame dans le duel décisif qui s’annonce et cristallise l’intense état de tension psychologique dans lequel le boxeur se trouve et qu’il laisse à peine s’extérioriser, sachant pertinemment qu’on attend de lui la difficulté d’une maîtrise de soi exemplaire et un effort sublime. C’est précisément en étreignant cette difficulté que le boxeur se réalise lui-même et qu’il exprime toute son intégrité.

Dans ce moment de vérité qu’est le combat, où le boxeur demeure foncièrement démuni de tout artifice, il s’établit une sorte de communication, au-delà des gestes, qui laisse transparaître une parcelle de la personnalité cachée du boxeur et qui permet au spectateur de percevoir les traits foncièrement humains de celui-ci, tel que ses qualités morales et son état d’esprit. Tout cela explique l’attachement, l’estime, voir même l’identification que peut éprouver le spectateur envers certains boxeurs. Un boxeur n’est pas apprécié exclusivement en fonction de son palmarès ou de sa force, il est avant tout perçu comme un exemple de courage, de persévérance et en ce sens possède une fonction sociale. Cette image de champion du peuple issue de l’étoffe du tempérament et de la personnalité du boxeur m’amène à croire fermement qu’on apprécie un boxeur pour ses qualités humaines profondes. En ce sens le MUAY THAI se distingue foncièrement de beaucoup d’autres sports. Cela lui confère un charme et un attrait indélébile.

Alors que j’étais dans la détresse d’une situation personnelle chaotique, ma vocation pour le MUAY THAI à permis au jeune en mal être que j’étais de me construire et de m’accomplir en tant qu’individu. Pendant mes premières années d’apprentissage, j’ai tous les jours emprunter le chemin qui me conduisais à la salle le cœur haletant, comme lorsque l’on se rend à un rendez-vous galant. Le MUAY THAI me procurait un tel flux que je déployais une formidable énergie qui jaillissait tout au long de ma séance. J’écoutais les consignes de mon professeur PUD PAD NOY avec une intensité telle que je n’essuyais même plus la sueur qui me coulait dans les yeux, puis, avec ferveur, je frappais, y concentrant la volonté de toute mon existence, y mettant en jeu tout mon être.

Bien des années plus tard, au-delà de mes performances spectaculaires et de l’intérêt manifester à mon égard par les promoteurs du monde entier, je pense être parvenu à me faire apprécier grâce à un style pugilistique authentique, loyal, sans haine et sans faiblesse, privilégiant la beauté du geste, qui fit la joie des connaisseurs et qui me permit d’atteindre le sommet de la discipline en obtenant de glorieux titres. Dans le MUAY THAI, le mental est censé compter avant même la force ou la technique, c’est dans ce sens précis et concret qu’il convient de reconnaître que le moindre manque à ce niveau ne pardonne jamais. Je me suis retiré définitivement de la scène du MUAY THAI en 1996 après un combat difficile qui me fit réaliser que je n’étais plus habité par la même fougue.

Toute ma carrière a été une succession incessante de luttes vis-à-vis de moi-même, cela m’amène à conclure que lorsque l’on obtient une victoire en MUAY THAI on l’obtient avant tout sur soi même. Le combattant qui imagine ses performances effectuées sur le ring comme la finalité de sa quête commet une erreur de jugement. Tout ce qu’il y sera amené à expérimenter n’est qu’une métaphore de ce qui l’attend dans son combat de la vie de tous les jours.

Aujourd’hui, je continue à aimer le MUAY comme la vie parce que je considère que la vie est comme le MUAY.